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Portraits des professionnels de la filière


Dominique Lechat, président de l’association de mareyeurs
« Il faut une traçabilité jusqu’à l’étal du poissonnier »

« Les professionnels mareyeurs ont mis en place une traçabilité de leurs produits il y a dix ans. Nous souhaiterions à présent que cette traçabilité se retrouve sur les étals des poissoniers. Mais pour l’instant, ce n’est pas obligatoire. Notre association tente actuellement d’inciter les instances à changer cela. Le consommateur devrait au moins savoir si tel produit a été pêché en France ou à l’étranger. Et dans l’idéal, il faudrait qu’il sache où a été pêché le produit exactement, où il a été débarqué, et par qui il a été travaillé. Le poissonnier est un maillon indispensable dans le processus de pêche durable, car il est en contat direct avec le consommateur »

Laurent Tréguier, patron-pêcheur  
« Pêcheur ? Pas plus difficile que routier ! »

À 37 ans, Laurent Tréguier est patron-pêcheur depuis 16 ans. Il s’est associé avec son frère pour reprendre « Le Côte d’Ambre », le chalutier de son père. En juin, le bateau était en travaux sur l’aire de réparation navale.

 «  Le bateau est à sec depuis trois semaines. Pendant ce temps, nos employés partent travailler sur d’autres bateaux. Pas mal de travaux sont à faire. Le moteur doit être révisé. Et nous faisons installer une nouvelle hélice de façon à réduire notre consommation de carburant. Nous bénéficions d’aides pour cela. Des travaux d’électricité sont aussi à faire. Au total, cela fait 150 000 € de travaux, en plus de la grosse refonte faite en 2003. Mais c’est nécessaire, surtout pour un bateau de 32 ans comme celui-ci ! (…)

(…) Courant juillet, nous repartirons en mer. Les vacances, on les prend à d’autres périodes que l’été. La vie de pêcheur, c’est un rythme à prendre, mais ce n’est pas plus difficile que d’être routier. En ce moment, je ne dors qu’une fois par semaine à la maison, mais il est rare que je passe plus de 200 jours en mer par an ! »

Quelle formation ?

Après un CAP au lycée maritime d’Etel, Laurent Tréguier a suivi la formation de lieutenant de pêche au Centre François Toullec de Lorient.

 

 

Patrice Le Nézet, maître de port à la CEP

Patrice Le Nézet travaille depuis 30 ans comme
maître de port. Salarié de la CCI, il est devenu salarié de la CEP il y a dix-sept ans. « Je fais un peu de tout.
Je m’occupe de l’arrivée des bateaux, de décharger les camions, de centraliser. Ce week-end, je travaille de 6 h à 18 h samedi et dimanche. Par contre la semaine passée, je n’ai pas travaillé. Lorsque je travaille en semaine, avec mes collègues, on fait les 3 huit. C’est la nuit et tôt le matin que le port vit le plus ! »

Laurent Fenot, agent de marée (CEP)

« Je travaille du lundi au samedi de 4 h à 11 h, sauf le jeudi. Le lundi, c’est le jour le plus calme pour la pêche côtière, car il y a moins de bateaux présents à la vente. Mon rôle consiste à mettre en ligne les caisses qui arrivent sur le convoyeur, le grand tapis roulant. J’effectue aussi du glaçage et du filmage. Et je participe ensuite au nettoyage de pan coupé et des criées. »


Lionel Lafleur, patron du Maluka

À 42 ans, Lionel Lafleur est patron-pêcheur depuis 1999. Il a repris le bateau de son père, le Maluka, un chalutier de 16 m. À bord, quatre personnes travaillent à ses côtés. Rencontré un samedi matin de juin 2010 sur les quais du port de pêche, il venait de vivre une semaine très chargée, de pêche à la langoustine au sud de Belle-Ile. « Cette année, il y a vraiment pas mal de langoustine. On débarque dans la nuit et on repart aussitôt. On fait environ cinq traits de chalut par jour, de 2 h 30-3 h chacun. On travaille environ 18 h par jour. On se relaie pour faire la cuisine… »

Philippe Goffard, chef de vente à la criée côtière (CEP)

« J’organise la vente une fois les poissons triés. J’enregistre l’espèce, la taille, la quantité et la qualité A, B ou extra. La cadence de mes enregistrements détermine le rythme de la vente.
Or une bonne vente doit avoir un bon cadencement. Donc je dois être rapide ! »



Lydie Calloch, opératrice de conditionnement à Capitaine Houat

Captaine Houat importe des crevettes, puis les cuit et les conditionne à Lorient. Comme d’autres opérateurs, Lydie Calloch les réceptionne en salle de tri.
« Je m’occupe du conditionnement des crevettes une fois qu’elles ont été cuites. Je rentre dans l’ordinateur les renseignements de calibres, je vérifie le lot, l’origine, la date limite de consommation, afin que tout soit conforme au cahier de traçabilité. Ensuite je valide mon étiquette, et le robot l’applique sur la barquette ».

Jean Besnard, mareyeur :

« Ma journée commence à 4 h »
Ses grands-parents ont créé Moulin Marée dans les années 1960. Marié à leur fille, son père a ensuite pris le relais. À 28 ans, Jean Besnard a repris le flambeau de la direction au printemps 2010. Les longues journées de travail (13 h environ) ne l’ont pas dissuadé de poursuivre l’aventure familiale.
« Le cœur de métier de Moulin Marée, c’est toujours le mareyage, même si ces dernières années la transformation a pris de l’ampleur. Ma journée commence à 4 h, avec la vente côtière en criée n°3. À partir de 5 h 45, je suis la vente hauturière dans la salle Verrière. Nos clients principaux sont les enseignes de grande distribution, les commerçants des halles de Merville et les poissonniers ambulants. Il faut gérer aussi l’équipe de transformation. 80 % de nos poissons sont vendus en filets ! Depuis les débuts de l’entreprise, nous tenons aussi un magasin, ouvert tous les matins aux particuliers. Ma journée se termine vers 17 h environ… »
Quelle formation ?
BTS commerce international au lycée Saint-Louis, puis employé de Moulin Marée et apprentissage du métier de mareyeur « sur le tas »

Alain Dossal, mareyeur (Les Viviers du Diben, Plougasnou et Lorient)

« Je pars de Plougasnou, dans le Finistère Nord, à 0 h 30. J’arrive à Lorient à 2 h. Ici, à la criée de Lorient, j’achète de la langoustine, que je ne trouve pas dans le Nord. J’amène de là-bas des coquilles Saint-Jacques, des coques et des palourdes que je vends ici, à mon magasin de marée de Lorient. Je repars à Plougasnou vers 14 h. Je fais la sieste chez moi de 15 h 30 à 19 h, et je redors de 22 h à 0 h 30, avant  de repartir sur Lorient… »

Scapêche : Philippe Bourhis pilote les bases avancées*

Directeur d’exploitation pour la Scapêche à Lorient, Philippe Bourhis gère le quotidien des 17 bateaux de l’armement hauturier d’Intermarché et des 220 hommes qui y travaillent. Il évoque les métiers de l’entreprise.
« Je vais en Ecosse ou Irlande deux à trois fois par an. Sinon je gère tout à distance. Nous avons un service technique qui assure l’entretien des navires, la gestion du personnel navigant, l’avitaillement, … Si une panne sérieuse se produit, on organise un remorquage. Sur les 46 m, nos marins partent en Ecosse 29 jours et reviennent neuf jours à terre, par avion. Sur les 33 m, ils partent en mer 24 jours et reviennent à terre 7 jours (…)
(…) Le service commercial évite de vendre le poisson aux enchères. Grâce aux fichiers électroniques que nous envoient nos bateaux, il effectue de la pré-vente aux mareyeurs, avant l’arrivée des produits par la route 36 h plus tard. Il ne vend à la criée que ce qu’il n’a pas réussir à vendre directement. 50 % des besoins de Capitaine Houat sont assurés par la Scapêche ».

* Base avancée : si on prend l’exemple des bateaux de 46 m, l’armement Scapêche débarque ses produits dans le port de Lochinver en Ecosse tous les neuf jours. Les poissons sont ensuite acheminés vers Lorient par la route.

Daniel Bencivengo, agent de contrôle à la CEP

« Je vérifie la conformité de la feuille d’achat avec le contenu des caisses du mareyeur ou du poissonnier lorsqu’il sort de la criée. La feuille d’achat répertorie l’espèce du poisson achetée, sa taille, la quantité, le prix au kilo, le nom du bateau qui l’a pêché, le nom de l’acheteur, et la valeur totale. »



Laure Birrien, responsable commerciale à la CEP

« Je m’occupe notamment de la vente hauturière qui se déroule à partir de 5 h 45 en salle Verrière,ouverte aux acheteurs locaux et distants. Chaque jour, nous distribuons aux acheteurs un catalogue de vente qui décrit les produits mis en vente. Ici, nous mettons en vente les produits de la Scapêche, mais ceux-ci ne couvrant pas la totalité de la demande de nos acheteurs, nous commercialisons des produits pêchés par des bateaux étrangers. Grâce à ce système, nous proposons par exemple de la julienne, un poisson que les pêcheurs lorientais ne pêchent pas, ou très peu. »

Guy Salaün, responsable de l’aire de réparation navale

Guy Salaün travaille depuis 40 ans sur le port de pêche de Lorient. Il est responsable de l’aire de réparation navale depuis 20 ans.
« Avant toute chose, j’accueille les armements qui souhaitent hisser un navire pour carénage ou réparation. Il faut trouver un créneau sur le planning ! 40 % des bateaux sont des bateaux de pêche. Viennent ensuite les bateaux à passagers, les remorqueurs et caboteurs, les barges ostéricoles, puis les gros bateaux de plaisance. Les navires sont accueillis sur une zone différente en fonction de leur poids : 250 tonnes ou 650 tonnes. Les moins de 150 tonnes sont soulevés par un chariot automoteur. L’avantage ici, c’est qu’on a un pôle d’entreprises très important en matière de réparation navale. Tous les métiers sont présents. Mon rôle est aussi commercial, dans la mesure où j’oriente les armements vers les bonnes entreprises. »

Quelles études ?
Dessinateur en génie civil (embauché en 1971 au bureau d’études du port de pêche).