Actualité


 
mercredi 21 avril 2021

« IL FAUT ASSOCIER LE SAVOIR-FAIRE DES SCIENTIFIQUES À CELUI DES PÊCHEURS »

Rapprocher la pensée du terrain. Ce pourrait être un bon résumé du travail mené par le collectif Pêche et Développement récemment primé par les Rubans Verts de l'association Blue Fish. Son président, Alain Le Sann, nous en dit plus.




Pour voir les vidéo, il faut activer javascript et télécharger FlashPlayer

Depuis quand travaillez-vous sur ce programme ?

Alain Le Sann : « Le programme a été lancé il y a 4 ans en lien avec un master en aménagement du littoral proposé par l'Université de Bretagne Sud. L'objectif est de mieux identifier les différents savoir-faire des pêcheurs, de faire reconnaître ces compétences d'un point de vue universitaire et de sensibiliser les étudiants à des informations qui leur sont souvent étrangères. Certains pêcheurs ont des relations avec les scientifiques. Ils font parfois des échantillonnages pour Ifremer, partagent quelques données sur leurs captures. Mais ça s'arrête là. On passe alors à côté de bon nombre de choses. Les marins ont un rapport permanent à la mer. Chacun a sa façon de travailler, ce qu'on appelle les stratégies de pêche. Mieux comprendre ces savoir-faire, c'est permettre aux scientifiques d'améliorer les techniques de gestion de la ressource et surtout de mieux les faire accepter par les professionnels eux-mêmes. S'appuyer sur la science pour protéger les océans et mieux gérer les stocks est une bonne chose, mais il faut aussi apprendre la réalité du terrain ».

En quoi consiste concrètement ce recueil d'informations ?

Alain Le Sann : « Les étudiants mènent un travail d'enquêtes et d'interviews assez approfondi directement auprès des pêcheurs, principalement de Bretagne sud. Nous faisons attention à ce que tous les types de métiers soient représentés. Cette réalité du terrain à laquelle ils sont confrontés, ces rencontres avec les professionnels, doivent les amener à réfléchir sur les décisions qu'ils seront amenerés à prendre en sortant de l'université. Ils feront alors des choix, en tant que scientifiques, dont ils ne mesurent pas toujours les conséquences. L'idée c'est d'associer le savoir-faire des scientifiques à celui des pêcheurs. Et de casser tout un tas de mythologies sur le fait qu'il n'y aurait plus de poissons, que les océans seraient morts ou que les pêcheurs seraient des pilleurs des mers. Ces confrontations avec la réalité du terrain sont souvent assez déstabilisantes pour les étudiants ».

Votre travail a été primé récemment par les Rubans Verts de l'association Blue Fish. Que cela vous apporte-t-il ?

Alain Le Sann : « C'est avant tout une reconnaissance. Ça nous donne aussi la possibilité de présenter notre travail au niveau de Bruxelles et des députés européens. Nous réalisons chaque année un film autour du travail des étudiants. A terme, on aimerait bien compiler tout ce travail dans un document. Cette mémoire des pêcheurs est un bien immatériel important qu'il faut absolument préserver ».