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mardi 31 octobre 2017

LE BATEAU DU FUTUR, C’EST MAINTENANT

Ils ne volent pas au dessus de l’eau et ne fonctionnent pas encore à l’électricité. Pourtant, à Lorient comme à Boulogne sur Mer, les bateaux du futur commencent à prendre forme dans le paysage maritime. Une bonne nouvelle pour l’avenir de la pêche artisanale. Et le signe, sans doute, d’une confiance retrouvée.




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« Demain comme aujourd’hui, on n’ira pas pêcher sans bateau ». C’est ainsi que Tristan Douard, directeur du GPAL (groupement des pêcheurs artisans de Lorient) a débuté, le 18 octobre dernier, le cycle de conférences organisé par l’agence Sea to Sea dans le cadre du salon Itechmer. Un constat lancé comme une évidence. Mais qui pose finalement une vraie question. Alors que la flottille de pêche française ne cesse de vieillir, comment pourra-t-on capturer du poisson dans 20 ans si les bateaux sont hors d’âge ? C’est donc à cette question centrale que s’est intéressée la première conférence du salon intitulée : « Navires de nouvelle génération : un pari pour l’avenir de la pêche artisanale ». A Lorient Keroman, la situation est pourtant loin d’être catastrophique. « La pêche côtière et la petite pêche représentent 88 navires pour 5 800 tonnes de produits de la mer débarquées chaque année. La ressource est abondante. Le prix du carburant demeure à un niveau correct. Et le marché est plutôt porteur avec une concurrence saine et beaucoup d’acheteurs », a rappelé en introduction Tristan Douard. Mais le tableau est loin d’être idyllique : potentiel de capture non réalisé, droits de pêche limités, âge moyen des équipages élevé, et surtout, « des bateaux et des équipements anciens qui fragilisent la flottille ». La solution, tout le monde la connaît : construire des bateaux neufs. Ces fameux « bateaux du futur », expression mille fois entendue à chaque réunion publique ou conférence… Sauf que depuis quelque temps, une nouvelle tendance semble se dessiner.

Investissements collectifs

Philippe Renaudin, directeur général adjoint du Crédit Maritime Atlantique, est bien placé pour le voir. « En 2016 et 2017, explique-t-il, on a eu plus d’une trentaine de projets de construction de navires, chose que l’on n’avait pas vue depuis très longtemps ! Et la tendance se confirme pour 2018 ». Même constat le long des quais de Lorient Keroman qui ont accueilli cette année plusieurs bateaux neufs ou reconfigurés. C’est le cas du dernier en date, le Naoned, chalutier polyvalent de 23,40m dont le propriétaire, la Scapak, a été accompagné dans son projet par l’A2G Morbihan, structure issue du GPAL. « L’idée est d’accompagner les patrons pêcheurs en co-finançant une partie du bateau et en facilitant leurs démarches, notamment pour l’obtention des droits de pêche », précise Tristan Douard. « Avec des budgets qui oscillent entre 1,5 et 3 millions d’euros, un patron ne peut pas devenir propriétaire tout seul », observe de son côté Philippe Renaudin. Investir collectivement, c’est aussi cela le « bateau du futur ». A Boulogne sur Mer, on a bien compris l’intérêt de créer ces nouveaux armements coopératifs. La Scopale, détenue par la Scapêche (40%), par les Pêcheurs d’Opale (40%) et par le groupe Le Garrec (20%), s’est ainsi lancée en 2016 dans la construction de cinq navires identiques, dont deux viennent d’être livrés. « Ce sont des bateaux de 19,20m de long très polyvalents. Ils peuvent pratiquer aussi bien la senne danoise, le chalut de fond, le chalut pélagique et occasionnellement la coquille », indique Éric Gosselin, directeur de l’armement. Une polyvalence qui permet de « cibler des espèces non soumises à quota » et de réaliser d’importantes économies d’énergie. « Avec ces bateaux on consomme 5 000 litres de gasoil par semaine contre 10 000 pour un chalutier classique ! », constate-t-il. Visiblement, à Lorient comme à Boulogne, les « bateaux du futur » sont désormais une réalité.