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mercredi 05 février 2020

BREXIT : QUELLES CONSÉQUENCES POUR LE PORT DE LORIENT KEROMAN ?

Cette fois, c’est fait. Alors que le Royaume-Uni est sorti de l’union européenne dans la nuit du 31 janvier au 1er février, quels effets sont à craindre sur l'activité du port de Lorient Keroman, dont 50% des apports proviennent des eaux britanniques ? Nous sommes allés poser la question à son président, Jean-Paul Solaro.




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Le Brexit est désormais acté. Y’a-t-il des conséquences immédiates pour le port de Lorient Keroman ?

Jean-Paul Solaro : « Officiellement le Royaume-Uni est désormais sorti de l’union européenne, mais concrètement ça ne change rien, à part bien sûr pour les citoyens britanniques. Nous sommes en fait dans une période de transition qui doit permettre de déboucher sur un accord. Des négociations vont s’ouvrir pour cela d’ici mi-février. Elles comporteront un volet spécifique pour la pêche qui est clairement considérée comme un dossier prioritaire. Si une solution est trouvée d’ici le 1er juillet, l’accord entrera en application le 1er janvier 2021. Dans le cas contraire, les négociations pourront être prolongées d’une, voire deux années supplémentaires. Cela veut dire que pendant un an, rien ne devrait changer pour l’activité du port ».

Quels sont exactement les enjeux de ces négociations ?

J-P S : « L’enjeu principal est de trouver un accord qui permettra aux navires européens d’avoir accès aux eaux britanniques, en particulier pour les pêcheurs français aux zones Ouest Écosse et Nord Irlande. Le risque, en cas de Brexit dur, et donc d’interdiction totale des zones de pêche britanniques, serait de voir de très nombreux navires venir pêcher plus au sud, dans le golfe de Gascogne, en concurrence avec ceux qui s’y trouvent déjà. L’autre problème viendrait d’une forte baisse des apports. 50% des produits vendus sous contrôle portuaire à Keroman proviennent aujourd’hui du Royaume-Uni. C’est donc toute la filière qui serait touchée : pêcheurs, mareyeurs, poissonniers, grande distribution, entreprises de transport… »

Sentez-vous une inquiétude chez les professionnels ?

J-P S : « On sent évidemment une certaine inquiétude chez les acteurs portuaires mais ce n’est pas non plus la panique. Raisonnablement, on peut espérer qu’un accord sera trouvé. Cela pour deux raisons. D’abord parce que l’essentiel des volumes capturés dans les eaux britanniques sont vendus en Europe. Comme on dit : « le poisson est au nord mais les marchés sont au sud ». Or, il faudra bien que les Britanniques vendent leurs produits quelque part. Ensuite, le Royaume-Uni ne possède pas une flottille suffisante pour pêcher les stocks disponibles. Malgré tout, l’accord sera difficile à négocier car Boris Johnson a beaucoup promis aux pêcheurs anglais. Il faudra donc suivre cela de très près pour veiller à ce que la pêche ne serve pas de variable d’ajustement ».

Justement, êtes vous en relation avec les autorités et avez-vous anticipé certaines solutions pour faire face à cette nouvelle situation ?

J-P S : « Nous sommes en contact régulier avec le ministère et les députés européens qui suivent le dossier. Si un accord est trouvé, nous avons déjà tout prévu pour que le port puisse gérer les problèmes de douane et de contrôles sanitaires qui seront sans doute nécessaires. Nous avons également développé depuis de nombreuses années notre propre service commercial qui pourra, si besoin, trouver d’autres sources d’approvisionnement et limiter ainsi la baisse des apports. Reste que s’il y a moins de poisson, il y aura forcément moins d’activité. Ce qui ne veut pas dire non plus que le port va disparaître. Il faut rester optimiste ».