Actualité


 
mercredi 23 octobre 2019

CONSERVER ET TRANSPORTER DU POISSON VIVANT C’EST POSSIBLE ?

Imaginer un poisson débarqué vivant sur les quais de Lorient Keroman, transporter sous oxygène pendant 24 heures. Et remis à l’eau en vivier à l’autre bout de l’hexagone. Ce qui semblait irréalisable il y a quelques années encore est désormais chose possible. Comme sont venus l’expliquer des professionnels de la filière pêche lors du dernier salon Itechmer.




Pour voir les vidéo, il faut activer javascript et télécharger FlashPlayer

"Il est frais mon poisson ! ». Si la fameuse expression utilisée dans la bande dessinée d’Uderzo et Goscinny a encore de beaux jours devant elle, elle pourrait bien être remplacée d’ici peu par : « Il est vivant mon poisson ! ». Science-fiction ? Pas vraiment. C’est ce qu’ont pu découvrir les visiteurs du 13ème salon Itechmer, accueilli la semaine dernière à Lorient, et à l’occasion duquel était organisée une conférence sur le thème : « Comment optimiser la conservation du poisson ». Parmi les intervenants, Thomas Rimaud, chargé de mission au sein de l’organisation de producteurs Les Pêcheurs de Bretagne. Dans le cadre d’un projet visant à mieux valoriser les produits débarqués, l’organisation a lancé une étude portant notamment sur la conservation du poisson vivant. « C’est une filière en développement qui existe déjà, explique Thomas Rimaud. L’idée est d’essayer d’optimiser les conditions de réussite de cette filière pour pouvoir accompagner son développement 

Maillage indispensable de tous les acteurs

Certes, on est encore loin des résultats obtenus sur les crustacés. Mais le poisson semble plus difficile à maintenir vivant qu’une langoustine. « Chez les poissons, il y a une grande diversité d’espèces, des physiologies et des manières de se comporter très différentes », indique Erik Vallée. Après avoir embarqué à bord des navires, effectué de nombreuses mesures, réalisé des tests sur la lumière, la qualité d’eau, la forme des bassins de viviers, une première conclusion s’impose : « Sur ces filières de produits vivants, le travail de chaque maillon a son importance. Pour l’instant, il s’agit d’une filière en construction. Tous les maillons n’avancent pas à la même vitesse. Si le crustacé peut attendre un peu, il doit y avoir une vraie continuité sur le poisson pour éviter à tout prix les ruptures ». Face à une demande grandissante de certains restaurateurs haut de gamme et de la filière Ikejimé*, les résultats sur certaines espèces sont néanmoins « très satisfaisants ». Des poissons ont ainsi pu est débarqués vivants, transportés dans des sacs étanches sous oxygène pendant 24 heures, puis remis en vivier sur leur lieu d’arrivée avant d’être commercialisés. « D’autres poissons sont plus difficiles et nous posent encore certaines difficultés au-delà de 10 à 12 heures », relativise Erik Vallée. Reste un constat : « Il y a aujourd’hui différents acteurs qui essayent de faire de leur mieux pour développer cette filière, des bateaux qui s’y mettent, des criées aussi, des acteurs à terre ». C'est le cas du port de Lorient Keroman, qui envisage de s’équiper de nouveaux viviers destinés à la conservation des poissons vivants, en plus de ceux existant déjà pour les crustacés.

 

*L’ikéjimé est une technique d’abattage du poisson venant du Japon. Le terme peut se traduire par « mort vive ». Elle consiste à limiter au maximum le stress du poisson et à bloquer la dégénérescence de sa chair.