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mercredi 15 mai 2019

ANNE LE STRAT, FEMME PÊCHEUR ET SEULE MAITRE À BORD

En Bretagne, comme partout ailleurs, elles sont plutôt rares. Propriétaire du Ch’ti Breizh depuis quelques mois, Anne Le Strat est la seule femme patron pêcheur du port de Lorient Keroman. Un métier qu’elle pratique depuis une dizaine d’années. Et qu’elle vit comme une passion.




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Ce jour-là, il pleut à flots sur le port de Lorient Keroman et il faut se serrer dans la minuscule cabine de pilotage pour réaliser l’interview. Le bateau d’Anne Le Strat, seule femme patron pêcheur de Keroman, a été remis à l’eau la veille, après 15 jours passés sur l’ARN (Aire de Réparation Navale). Une série de pannes et d’incidents techniques sont la cause de cette longue immobilisation à terre, en pleine période de pêche. « Heureusement, d’après les collègues, y’a pas trop de poissons en ce moment », se rassure la jeune femme. N’empêche, Anne Le Strat préférerait « avoir les mains qui sentent le poisson » plutôt que « les mains noires de graisse » à force de bricoler. Il faut dire que le fileyeur de 11,98 mètres n’est pas de toute première jeunesse. Construit en 1983, il a longtemps navigué du côté de l’île d’Yeu sous le nom de « La Marmite » avant d’atterrir à Doëlan où Anne Le Strat l’a acheté en octobre dernier. Rebaptisé « Ch’ti Breizh », parce que son conjoint, Didier, est originaire du Nord, il est destiné à faire la sole et le lieu jaune « au large des Poulains, entre Belle-Île et Lorient ». Pour cela, la jeune patron pêcheur peut compter sur 5 tonnes de quotas récupérées avec l’achat du bateau, auxquelles s’ajoutent les 3 tonnes allouées par l’organisation de producteurs de la Cotinière à laquelle elle a finalement décidé d’adhérer. Montant total de l’investissement ? « En comptant tous les travaux : 200 000€ ». Un budget conséquent pour cette jeune mère de famille de 36 ans, qui a commencé sa carrière dans l’ostréiculture, avant de basculer vers la pêche.

Virus familial

Les premières marées n’avaient pourtant pas forcément bien commencé pour Anne Le Strat. Un embarquement en 2002 avec « un patron un peu spécial et pas très sympa ». Puis « un accident très grave à la main » alors qu’elle navigue à bord de « l’Atout », de Jacky Sommesous. Mais visiblement le virus est là, transmis de génération en génération par son grand-père, son oncle, puis son frère, tous patrons pêcheurs. Après 8 ans et demi passés comme chef mécano à bord du « Fleur des Vagues », autre fileyeur basé à Keroman, Anne Le Strat s’est donc décidée à faire <s>la</s> le grand saut en achetant son propre bateau. Elle a juste attendu que sa fille aille à l’école pour cela.  « Dans le métier, il faut toujours faire ses preuves. Alors quitte à le faire, autant se mettre à son compte », dit-elle. Dimanche dernier, alors que le soleil n’était pas encore levé, la patronne du Ch’ti Breizh et ses deux matelots ont largué les amarres du quai du Pourquoi Pas pour faire route vers le large et poser leurs filets. Anne Le <s>Srat</s> Strat a retrouvé cette vie en mer qu’elle apprécie tant. « C’est pas comme à terre, le rythme est décalé, c’est différent ».  Et puis surtout, « il y a le travail avec la nature, la liberté ». En s’extirpant de la cabine de pilotage à la fin de l’interview, on n’a pas pu résister à poser la sempiternelle question : Est-ce compliqué d’être une femme dans le milieu de la pêche ? La réponse a été claire : « Si on respecte les gens on se fait respecter. Moi, je ne suis pas féministe pour un sou<s>s</s>. Je n’essaye pas d’être meilleure que les autres. Je fais le métier, c’est tout ».