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mardi 22 mai 2018

AFFAIRE KSI : LA COMMUNAUTÉ PORTUAIRE REAGIT

Alors que les actions des anciens salariés de la société KSI se sont multipliées ces dernières semaines, les usagers, clients et salariés du Port de Lorient Keroman viennent de faire paraître un communiqué commun* pour exprimer leur ras-le-bol. Explication avec le président de la Sem Lorient Keroman, Jean-Paul Solaro.




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Pourquoi les usagers et les clients du port se sont-ils décidés à prendre la parole?

Jean-Paul Solaro : " Il faut bien comprendre que les perturbations subies ces dernières semaines entravent gravement le fonctionnement du port et nuisent à son image. Les clients et usagers de Lorient Keroman emploient près de 1200 personnes à l’année. Tous les acteurs sont aujourd’hui impactés par cette situation. Les conditions de travail sont devenues inacceptables. Nous sommes évidemment conscients des difficultés que rencontrent les personnes de KSI licenciées suite à la liquidation judiciaire de leur entreprise. Mais les événements actuels sont d’autant plus incompréhensibles que de multiples propositions pour préserver leurs emplois ont été faites.  Toutes ont été refusées par leurs représentants".

 

A quand remontent les difficultés rencontrées par l’entreprise KSI ?

"La SARL KSI a été créée en 1996. Son activité sur le port consistait à effectuer le tri du poisson hauturier arrivant par camion et l’allotissement par acheteur afin de préparer chaque jour la vente du matin. Avant sa liquidation, la société employait 10 dockers. A partir de 2014, KSI a commencé à perdre de l’argent. Depuis, l’analyse des comptes a montré que ces difficultés financières étaient liées directement à une augmentation des frais de personnel et d’intérimaires de plus de 20% entre 2013 et 2016. Le 27 septembre 2016, le tribunal de commerce de Lorient a désigné un administrateur provisoire ayant pour mission de gérer l’entreprise et de trouver des solutions. Dès le départ, la Sem Lorient Keroman, sans obligation de le faire, s’est préoccupée du sort des salariés dans l’esprit communautaire du port de pêche. Nous avons proposé de reprendre tous les salariés mais sans leur statut de docker, nous avons soutenu le projet de création d’une SCOP, nous avons accepté de payer les prestations de KSI au comptant pour soulager sa trésorerie. Mais au final, sans aucune solution d’emploi pour les salariés,  le 20 avril 2018, la société KSI a été liquidée par le tribunal de commerce sans poursuite d’activité".

 

Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui la Sem Lorient Keroman d’embaucher les anciens salariés de KSI sous le statut de docker et dans les mêmes conditions?

"C’est bien cela le nœud du problème. A l’époque, KSI faisait appel en cas de besoin à des dockers occasionnels. Lorsqu’un docker partait à la retraite, son remplaçant était coopté parmi ces dockers occasionnels. De fait, les salariés maitrisaient donc les embauches. Ce mode de recrutement n’est pas celui de la Sem Lorient Keroman, et il serait difficilement acceptable pour le reste du personnel. Par ailleurs, les accords d’entreprises de KSI prévoyaient des séquences de travail de 4h insécables. Or, ce mode de fonctionnement s’accorde mal avec le fonctionnement d’un port de pêche dont les apports sont par nature aléatoires. D’ailleurs, selon les textes relatifs à la manutention portuaire, les dockers exercent exclusivement leurs activités dans les ports de commerce, et non dans les ports de pêche. Le personnel de la Sem Lorient Keroman s’est de toute façon opposé à faire cohabiter deux statuts au sein de la structure. Il faut également savoir que dans le cadre de la liquidation, la législation interdit de faire travailler les ex KSI pendant les procédures de licenciement, sauf en intérim. Les intéressés ont refusé cette option, tout comme les autres propositions d’embauches, en CDI, et aux mêmes conditions salariales, que leur ont été présentées. On voit bien qu’ici, c’est le statut qui prime avant tout".

 

Voyez-vous une sortie de crise prochaine ?

"Je l’espère en tout cas, car les occupations illégales et les obstructions au travail rendent la vie des salariés de la Sem, tout comme celle des usagers et des clients du port, de plus en plus difficiles et stressantes. Après plus de deux années d’accompagnement et de propositions diverses, force est de constater que les ex salariés de KSI et leurs représentants refusent toute avancée pour défendre un statut particulier. Cette position est d’autant plus incomprise que le port a su s’adapter et se développer ces dernières années pour garantir des conditions d’emplois favorables. La carence de la SARL KSI ne doit pas rejaillir sur l’ensemble du port. Il n’est pas acceptable que la communauté portuaire soit ainsi prise en otage".

*Lire le communiqué des usagers

Les usagers signataires du communiqué : Organisation de producteurs Pêcheurs de Bretagne, Comité des pêches du Morbihan, Armement Scapêche, Association des mareyeurs, Organisation des poissonniers, Les usagers de la gare de marée, la Sem Lorient-Keroman, la Coopérative maritime, le Groupement des pêcheurs artisans de Lorient.