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jeudi 21 janvier 2021

« IL FAUT PROFITER DES CONTRAINTES DU BREXIT POUR DÉVELOPPER L’ACTIVITÉ »

Élu fin novembre à la présidence du port de pêche de Lorient Keroman, Olivier Le Nezet entend poursuivre le développement des activités portuaires en 2021. Et ce, malgré un contexte très particulier marqué par la crise sanitaire et le Brexit.




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La traditionnelle cérémonie des vœux du port de pêche n’aura pas lieu cette année en raison de la crise sanitaire. Pouvez-vous nous faire un rapide bilan de l’année qui vient de s’écouler?

Olivier Le Nézet : « Plusieurs événements importants ont marqué 2020. D’abord, il y a eu la première phase du Covid et un confinement très dur. Même si le port de Lorient s’en est plutôt bien sorti, et n’a jamais cessé de fonctionner, l’activité a été fortement ralentie. Il a fallu réduire les apports extérieurs recherchés d'ordinaire par la cellule approvisionnement du port pour favoriser la pêche locale. Grâce à cela, les navires côtiers lorientais ont pu continuer à travailler avec une bonne rentabilité économique. Il est évident que l’année 2020 ne sera pas une très bonne année mais les pertes demeurent limitées et maitrisées, avec des perspectives intéressantes pour 2021, même si le Brexit est loin d’être fini. »

Justement sur ce point, avec l’accord signé juste avant Noël, l’année se termine finalement plutôt bien?

Olivier Le Nézet : « Sur le Brexit, ce qu’on a réussi à éviter c’est le « No Deal » qui aurait été un véritable saut dans le vide. Il y a un accord, c’est une bonne chose, mais il faut faire attention car le diable se niche dans les détails. Dans cet accord, on parle quand même  d’une rétrocession aux britanniques par la France de 43 millions d’euros, ce qui représente 17% de notre activité de pêche dans les eaux britanniques. Cette réduction des captures devra se faire progressivement d’ici à 2026. Mais dès 2021, il faudra baisser les volumes de 60%, ce qui aura forcément des répercussions sur l’activité des navires. Maintenant, on attend le prochain conseil des ministres européens pour connaître quels seront les Tac et quotas proposés dans les eaux britanniques et voir plus précisément quelles répercussions cela aura sur telle ou telle espèce. L’autre sujet d’inquiétude vient de la circulation des flux qui est fortement ralentie depuis plusieurs semaines par la lourdeur des démarches administratives. Cela pénalise aussi bien les mareyeurs que les navires dont certains doivent se mettre à l’arrêt en Écosse en attendant que les marchandises soit débarquées et livrées à bon port. »

Face à cette situation, quelles sont les perspectives en 2021 pour la filière halieutique lorientaise ?

Olivier Le Nézet : « Il va falloir trouver de nouveaux leviers qui permettent de limiter au maximum les impacts du Brexit. A partir du moment où les volumes de captures des navires seront moins importants, il faudra développer l’activité de la cellule approvisionnement pour compenser ces baisses. Plus généralement, nous devrons renforcer encore l’attractivité du port de Lorient pour en faire la première place commerciale sur toute la façade atlantique. La Sem Lorient Keroman doit aussi permettre à de nouvelles activités halieutiques de s’implanter sur le port. Car il ne faut pas oublier que c’est avant tout le produit qui amène l’activité. D’où l’importance de développer les services mis à disposition des professionnels : tour à glace, accès à l’eau de mer, gestion des contenants… Finalement, dans cette situation particulière, il faut profiter des contraintes du Brexit pour en faire une opportunité et développer encore davantage l’activité du port. A condition évidemment de s’en donner les moyens. »

Pour finir, un mot sur la réparation navale ?

Olivier Le Nézet : « Globalement, on constate sur l’année une forte demande sur ce secteur d’activité. Avec notamment, pour la rive gauche du Scorff, un taux de remplissage qui dépasse même les capacités d’accueil, ce qui prouve tout l’intérêt pour le port de bénéficier d’un tel outil. Reste deux sujets majeurs à régler. D’abord le renouvellement de l’élévateur à bateaux qui est vieillissant et nécessite de plus en plus d’arrêts techniques. Sur ce point, la Région Bretagne et Lorient Agglomération ont donné leur accord de principe pour une nouvelle acquisition. Ensuite, il y a toujours la question de l’accès à la forme numéro 2 utilisée par Naval Group. C’est un sujet qui revient sur la table depuis des années. Mais qui pourrait bien aboutir en 2021. Nous allons tout faire pour cela. »